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Le prologue vous a donné le ton. Le chapitre 1 vous donne le personnage.

La veille du départ : Dyrne Valdhryn a dix-sept ans et entre demain à l’Académie militaire. Son père ne lui a rien dit. Un conseiller, lui, l’a emmené la veille dans une grotte, et ce qu’il y a entendu ne le quitte plus.


Chapitre 1 : La veille du départ

Demain, il franchirait les portes de l’Académie militaire impériale.

Ce sanctuaire où l’on entrait fils de roi, héritier de grande maison ou cadet de haute lignée, et d’où l’on ressortait officier… ou brisé. Sept ans d’une discipline de fer l’y attendaient : stratégie, navigation orbitale, commandement d’escadron, histoire des campagnes, art de la guerre et, surtout, cette science froide du combat où un seul ordre pouvait sauver une flotte ou condamner des hommes.

Pourtant, cette nuit, son esprit restait prisonnier de la grotte. Les parois de pierre de la caverne semblaient l’avoir suivi jusqu’à cette terrasse, tandis que l’obscurité elle-même collait à sa peau. La question le rongeait, lancinante, obsédante. Elle frappait à chaque battement de cœur comme un marteau sur une enclume :

Pourquoi Rethar l’y avait-il mené ?

Dyrne avait crispé les mains sur la balustrade de pierre. Derrière lui, le palais de Valdhryn s’étendait, immense et silencieux, ses murs millénaires emprisonnant les courants d’air nocturnes. À croire que la capitale elle-même retenait son souffle. Devant lui, le ciel s’ouvrait, vaste, immobile, indifférent au trouble qui lui serrait la gorge.

Au-dessus d’Alzarh, les trois lunes montaient ensemble, fidèles à leur course. Un rituel immuable depuis des millénaires, depuis l’époque où les premiers rois avaient levé les yeux vers ce monde. Ezkyl et Brämar projetaient sur la nuit une clarté froide qui faisait ressortir les lignes du palais, les toits de la capitale et les terrasses suspendues au-dessus de la baie. Sous leur lumière, Valdhryn paraissait plus austère, plus imposante, presque irréelle.

Orlun, plus basse, plus proche, posait sur les jardins une lueur dorée, fragile et tenace, comme une braise oubliée dans l’âtre du ciel.

Voilà ce qu’était Alzarh pour Dyrne : un carcan de pierre, de lumière et d’acier. Une capitale archaïque nourrie de serments de sang, redoutable par ses machines modernes. Une cité suspendue en équilibre précaire entre l’orgueil fossile des grandes maisons et l’immensité glacée du vide, juste au-dessus de leurs têtes. Un monde trop grand pour ses traditions, trop vieux pour ses vaisseaux, et pourtant, toujours debout.

À Valdhryn, les vieilles traditions n’avaient pas cédé la place aux machines ; elles s’étaient mêlées à leur acier, comme si les ancêtres eux-mêmes avaient consenti à ce mariage.En bottes de cuir usé, on foulait des dalles posées par des dynasties de rois. Ces pierres avaient vu défiler des siècles de couronnements, de trahisons et de serments brisés. On les parcourait pour aller apposer son sceau de cire sur des ordres de manœuvre destinés à des frégates de guerre, des vaisseaux prêts à réduire en cendres une flotte ennemie en quelques salves.Les débats sur l’honneur, le sang et l’héritage s’effaçaient devant les calculs de trajectoire d’un escadron de chasseurs ou face au rayon d’action d’une batterie orbitale capable de percer le blindage d’un croiseur orkhenn comme du papier.

La cour de son père chérissait cette alliance. Elle y voyait la preuve absolue de sa grandeur : le mythe d’un royaume à même de préserver l’héritage des premiers rois, tout en étendant sa main de fer vers les routes glacées de l’espace, les ports lointains et les mondes soumis à son autorité.

Les Orkhenn connaissaient cette puissance. C’était précisément pour cela qu’ils évitaient tout affrontement direct avec les grandes flottes d’Alzarh. Ils ne cherchaient ni la gloire d’une bataille ouverte, ni le prestige d’un combat frontal entre escadres, là où la discipline impériale, la puissance des croiseurs et la maîtrise des routes spatiales auraient fini par les écraser.

Ils frappaient autrement. Ils agissaient loin des axes les mieux surveillés, dans ces zones de passage où les convois marchands avançaient avec une escorte réduite. Là où les messages mettaient trop longtemps à remonter jusqu’aux postes militaires, et où certains secteurs, jugés trop calmes depuis des années, finissaient par être moins surveillés. Les Orkhenn savaient attendre. Ils observaient les failles, choisissaient le moment, fondaient sur leur cible, puis s’évanouissaient avant que l’Empire ait le temps de refermer sa main.

Cela pouvait être un convoi marchand ralenti sur la route de Sorvaan, un cargo isolé près de Kaëlorn, ou une plateforme d’entrepôt laissée sans escorte au-delà des axes surveillés. Alors ils surgissaient sans prévenir, pillaient ce qui pouvait l’être, brûlaient le reste, puis quittaient la zone avant que les escadres impériales aient seulement amorcé leur premier mouvement.

Le roi Maldor les appelait des nuisibles. À la cour, le mot revenait souvent, teinté de ce mépris tranquille qu’ont les grandes puissances pour les ennemis qu’elles refusent de prendre au sérieux.

Rethar, lui, avait forgé une formule plus froide, une de ces phrases qui, une fois lâchées, s’incrustaient dans les esprits comme une lame rouillée. Un verdict que les couloirs du palais chuchotaient désormais :

— Des Vrekk sous les écailles de l’Empire.

La formule avait séduit. Elle permettait de dédaigner les Orkhenn… sans avouer ce qui les rendait redoutables : leur patience, leur art de la cible, et cette faculté de disparaître avant toute riposte, comme des fantômes.

Dyrne, lui, l’avait retenue pour une raison plus précise : il y reconnaissait la marque de Rethar. Ce n’était pas seulement une insulte jetée contre les Orkhenn, mais une manière de les réduire au rang de simples nuisibles, de petites créatures logées sous les écailles de l’Empire, qu’on pouvait écraser sans remords.

Rethar savait faire cela mieux que personne : prendre une pensée haineuse, la resserrer en quelques mots, puis la laisser circuler jusqu’à ce qu’elle paraisse naturelle. À force d’être répétée dans les salons, la formule perdait sa violence première ; elle devenait une évidence, presque une manière raisonnable de parler de l’ennemi.

C’était cela que Dyrne avait reconnu. Chez Rethar, le mépris ne se présentait jamais comme une pulsion vulgaire. Il avait la tenue d’un raisonnement, le calme d’une analyse, ce qui le rendait précisément dangereux.

À quinze ans, Dyrne avait cessé de considérer les Orkhenn comme une menace lointaine, bonne à nourrir les conversations mondaines et l’encre des cartes d’état-major.

Ce jour-là, le prince accompagnait son père sur les quais de Marveth pour une tournée d’inspection. Le roi Maldor devait visiter les postes de contrôle, interroger les officiers du port et passer en revue les flottes affectées aux routes marchandes.

Pour Dyrne, ce n’était qu’une sortie de plus dans l’ombre écrasante du souverain. Une routine faite de gardes d’honneur alignés comme des statues, de saluts réglementaires, et de regards que les hommes, par crainte ou soumission, baissaient toujours trop vite devant le maître d’Alzarh.

C’est alors qu’un cargo endommagé apparut au-dessus des plateformes de l’astroport, maintenu de travers par ses propulseurs d’appoint. Son flanc était éventré, et plusieurs plaques de blindage pendaient encore sur la coque. Des nappes de fumée noire s’échappaient des conduites motrices ouvertes, se dispersant dans l’air lourd des pistes.

Autour de Dyrne, les voix tombèrent presque aussitôt. Un navire marchand ne revenait pas des routes extérieures dans un tel état sans avoir subi une attaque. Et, dans l’esprit de ceux qui se trouvaient là, un seul nom s’imposa avant même que les premiers survivants n’aient posé le pied sur le sol : les Orkhenn.

Les quais, saturés par le grondement des moteurs, les signaux d’arrimage et les ordres lancés aux équipes de piste, se figèrent en un instant. Le bruit sembla tomber d’un seul coup. Des centaines d’hommes restèrent immobiles au milieu des chariots de chargement, des passerelles mobiles et des bras magnétiques, les yeux levés vers l’épave fumante.

Ceux qui pouvaient encore marcher descendirent par les passerelles de secours. Ils portaient sur eux les traces de l’attaque : le visage noirci par les fumées de suie, les vêtements collés par la mousse d’extinction, les mains tremblantes, la peau marquée par d’éclats et des brûlures superficielles.

Certains avançaient sur les plateformes d’accueil de l’astroport sans vraiment voir ce qui les entourait, sourds aux ordres des officiers, le regard vide, comme si une partie d’eux était restée là-haut, sur la route attaquée.

Derrière eux, le vaisseau tenait encore debout par miracle. Sa coque était ouverte en plusieurs endroits, des panneaux arrachés pendaient le long du flanc, et les feux d’alerte continuaient de battre dans les brèches comme un signal de détresse devenu inutile. Les Orkhenn avaient frappé une route que l’Empire prétendait tenir sous contrôle.

Et devant cette ruine ramenée jusqu’à l’astroport, le mépris de la cour venait de recevoir sa réponse. Un raid de plus, signé par ces Vrekk sous les écailles de l’Empire, comme Rethar aimait les nommer.

Mais sur l’esplanade, la morsure n’avait rien d’une image. Il ne restait du convoi qu’un amas de débris, une procession de blessés et la fureur des équipages qui comprenaient, une fois encore, leur impuissance. Même les équipes de piste, pourtant habituées aux avaries et aux retours difficiles, fixaient la scène comme un affront personnel. L’autorité de la Couronne venait de s’effondrer sous leurs yeux, à quelques mètres seulement des lignes de la garde royale.

La grotte ne le quittait pas. Dès qu’il fermait les yeux, il repensait à cette rencontre, à ce qu’on lui avait dit là-bas, et au malaise qu’elle avait laissé en lui.

Son regard descendit vers l’aile orientale du palais.

Les hautes fenêtres des appartements royaux restaient closes, ne laissant passer qu’une lueur pâle derrière les vitres épaisses. Son père dormait peut-être, ou veillait encore ; avec le roi Maldor, il était impossible de savoir.

Les traits de Dyrne se durcirent.

Il connaissait ces fenêtres mieux que les siennes. Enfant, il s’était souvent tenu à cette même place, lorsque les appartements royaux commençaient à s’éclairer dans l’aile orientale.

Il guettait le moindre signe de présence derrière les vitres épaisses : une silhouette arrêtée près d’une embrasure, un mouvement derrière les parois voilées, une pièce qui restait éclairée plus tard que les autres. Cela suffisait à lui rappeler que son père était là, derrière ces murs, assez proche pour être aperçu, et pourtant hors d’atteinte.

Ce qu’il attendait, au fond, tenait à peu de chose : que Maldor le vît depuis ces fenêtres, qu’il lui adressât un regard, un sourire, un mot.

À seize ans, lors d’un exercice de flotte aux abords de Brämar, il avait corrigé la trajectoire d’un transporteur qui s’écartait trop de son couloir.

La dérive venait d’une mauvaise estimation au départ. Dans ces zones, les équipages connaissaient ce genre d’écart ; il fallait garder la tête claire, interpréter les données dans l’instant, puis rectifier le tir. Un simple incident pouvait devenir une avarie.

Dyrne avait vu le décalage avant les autres. Il avait donné l’ordre, ajusté la trajectoire, puis attendu que le transporteur retrouve son axe. Quelques secondes plus tard, l’exercice reprenait son cours.

Sur la passerelle, un vieux navigateur lui avait serré l’épaule en silence. Autour des postes de contrôle, plusieurs hommes l’avaient regardé autrement, avec ce respect discret qu’on accorde à quelqu’un qui vient de bien faire son travail.

Son père se tenait à trois pas.

Dyrne l’avait regardé avec une fierté qu’il contenait mal. Il venait de réussir, et cela comptait pour lui davantage qu’il ne l’aurait avoué. Il attendait un signe, quelque chose de simple : un regard moins froid, un mot de satisfaction, peut-être seulement cette brève attention qui lui aurait donné l’impression d’exister autrement que comme héritier.

Maldor l’avait regardé avec ce calme froid qu’il réservait aux choses exécutées correctement.

— Tu as simplement fait ton travail, Dyrne. Rien de plus.

Puis Maldor s’était détourné vers les cartes avant même qu’il ait pu répondre. À compter de ce jour, quelque chose s’était fermé en Dyrne. Il avait cessé de chercher sur le visage de son père une approbation qui ne viendrait jamais. Ce jour-là, à tort ou à raison, il comprit que son père ne lui accorderait jamais l’affection qu’il attendait de lui. Aux yeux de Maldor, il ne serait jamais rien d’autre qu’un héritier formé pour régner un jour.

C’est alors que Rethar avait pris plus de place.

Le conseiller n’avait jamais eu besoin de hausser la voix. Il savait écouter, attendre, poser une remarque au bon moment, et surtout repérer ce que les autres laissaient paraître malgré eux.

Chez Dyrne, il avait vite compris ce qui manquait. Après un exercice de combat trop rude, dans la pénombre de la bibliothèque privée ou au détour d’une galerie presque vide, Rethar croisait souvent Dyrne.

Il savait calmer ses colères sans donner l’impression de vouloir les étouffer. Quand le jeune prince parlait trop vite, encore marqué par ce qu’il venait de vivre, le conseiller l’écoutait sans l’interrompre, sans le reprendre à chaque mot, sans chercher à lui imposer une leçon.

Il trouvait parfois quelques paroles simples pour l’apaiser, un conseil posé au bon moment, une phrase capable de remettre un peu d’ordre dans ce que Dyrne n’arrivait plus à démêler seul. Et lorsque la situation l’exigeait, Rethar savait aussi se taire. Il restait là, présent, calme, assez proche pour que Dyrne sente qu’il n’était pas seul, mais assez discret pour ne pas l’obliger à parler.

C’est ainsi, peu à peu, que le conseiller avait pris plus de place.

Un soir, après une séance au sabre particulièrement éprouvante, Dyrne était resté seul dans la salle d’entraînement, assis sur un banc. Son corps portait les traces de l’entraînement, couvert de bleus et d’ecchymoses. Il était exténué, encore tendu par l’effort.

Rethar s’était approché avec une fiole de soin. Il l’avait posée près de lui, puis son regard s’était arrêté un instant sur ses blessures.

— Ils ne vous ont pas ménagé, mon prince.

Dyrne n’avait pas répondu, Rethar s’était assis à côté de lui.

— Votre père veut vous préparer à régner, cela se comprend. Mais parfois, il lui arrive d’être un peu trop dur avec vous, à croire qu’il oublie que vous êtes aussi son fils.

Dyrne était resté là sans rien dire. Mais c’était bien ce genre de propos qui, petit à petit, avait fini par agrandir encore le fossé entre son père et lui.

Quelques mois plus tard, Dyrne avait présenté à son père un devoir de stratégie qu’il avait travaillé pendant des jours. L’exercice portait sur la défense d’un convoi isolé près des routes extérieures, et ses instructeurs eux-mêmes n’y avaient presque rien trouvé à redire.

Maldor le lut sans un mot, le visage fermé.

Debout devant lui, son fils attendait au moins une remarque, une question : un signe, même infime, qui reconnaisse le soin qu’il y avait mis.

Le roi referma finalement le dossier, le lui rendit, puis retourna aussitôt à ses occupations.

— C’est à peine passable.

Dyrne resta sans voix, immobile, le regard fixe.

Maldor leva les yeux vers lui.

— Qu’est-ce que tu fais-tu encore ici ? Retourne travailler. On ne dirige un royaume avec une telle médiocrité.

Dyrne quitta la pièce sans répondre.

Rethar l’attendait, debout dans le couloir menant à ses appartements. En avisant le rapport serré sous le bras du jeune prince, il tendit la main.

— Puis-je ?

Dyrne le lui abandonna. Le conseiller le parcourut en silence, avant de se tourner vers lui :

— Pourquoi ce visage abattu ?

— Mon père l’a rejetée, murmura-t-il, amer. A peine passable, voilà son verdict.

— Sa Majesté se montre inflexible, mon prince, mais n’oubliez pas qu’il ne veut que votre bien, même s’il a une façon bien à lui de le montrer.

Dyrne ne répondit pas. Il continua sa marche, l’esprit ailleurs, rongé par un sentiment d’injustice. Rethar calqua son pas sur le sien, déchiffrant sans peine sa déception, puis reprit d’une voix plus basse :

— Il connaît votre valeur. C’est précisément pour cela qu’il refuse de vous épargner.

Dyrne laissa échapper un soupir las.

— Sa sévérité à mon égard n’est que du pur mépris.

Le conseiller eut un sourire discret.

— Votre père voit en vous l’avenir du royaume avant de penser à son fils. C’est nécessaire, mais cela n’excuse pas la froideur qu’il vous inflige.

Dyrne ne répondit rien. Il se mura dans le silence et reprit le chemin de ses appartements.

Jamais Rethar ne prononçait une parole que le prince aurait pu rapporter à son père. Il ne critiquait pas le roi ouvertement. Au contraire, il parlait souvent de Maldor avec prudence, presque avec respect, comme s’il cherchait seulement à expliquer sa dureté plutôt qu’à la condamner.

C’était ce qui rendait ses propos si difficiles à repousser. Sans jamais rien forcer, ils venaient simplement se poser sur une colère qui existait déjà. Ils en dessinaient des contours plus nets, puis laissaient Dyrne seul avec ce qu’il venait d’entendre.

Rethar n’avait pas besoin d’aller plus loin. Une fois les mots dits, il savait se taire.

Et, dans ce silence, le jeune prince continuait d’y penser.

Sur la terrasse haute, face à l’immensité d’Alzarh, Dyrne resserra les doigts sur la balustrade de pierre. Le froid de la roche sous ses paumes le ramenait à peine au présent. Son corps était là, immobile devant les jardins et les lumières de Valdhryn.

Il pensa à Feklyrth.

À cette heure, elle devait dormir dans l’aile ouest, ou veiller encore, un volume de chroniques ouvert sur les genoux, incapable de fermer le livre avant d’avoir terminé un passage qui l’amusait ou l’intriguait.

À quinze ans, elle était la seule, dans tout le palais, à lui parler naturellement, sans se soucier de son rang d’héritier ou du futur roi qu’il faudrait un jour saluer devant la cour. Avec elle, il n’y avait pas ce ton retenu et ces phrases mesurées, tout comme cette habitude qu’avaient les autres de toujours faire attention à ce qu’ils disaient devant lui.

Feklyrth pouvait rire de ses airs trop sérieux, le reprendre sans détour, lui poser une question simplement parce qu’elle voulait vraiment connaître la réponse. Elle n’avait pas besoin de se forcer pour être libre avec lui ; elle l’avait toujours connu ainsi, bien avant que le palais ne commence à tout recouvrir de titres et de devoirs.

Quand elle prononçait son nom, Dyrne n’entendait plus le prince. Il redevenait seulement son grand frère.

La scène de la veille, s’imposa à lui avec une clarté presque douloureuse.

Il l’avait croisée dans la galerie des astres, alors qu’elle revenait des jardins, un vieux recueil de poésie à la reliure usée sous le bras. En le voyant marcher en direction des appartements du conseiller, elle s’était arrêtée, le sourcil froncé.

— Encore chez Rethar ? avait-elle demandé.

Dyrne avait ralenti le pas, ajustant le col de sa veste, un peu agacé.

— Il s’intéresse à ce que je deviendrai, Feklyrth.

La jeune fille avait hoché la tête, mais son regard s’était attardé sur lui. Derrière les hautes verrières de la galerie, l’éclat blanc des lunes commençait à mordre sur les cuivres des anciens instruments d’astronomie alignés le long du mur.

— Je sais… mais tu passes toutes tes soirées avec lui depuis un mois. On dirait que c’est lui qui te guide, et pas notre père.

— Notre père dirige un empire. Il n’a pas le temps de m’expliquer les rouages de l’Académie. Rethar m’apprend à y survivre.

— Si tu le dis…

Le ton était plus sceptique que convaincu.

Dyrne s’était arrêté net, faisant pivoter ses bottes sur les dalles avec une raideur un peu condescendante.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu as encore à lui reprocher ?

La jeune fille avait baissé les yeux, bottant un grain de poussière imaginaire du bout des pieds, refusant de se laisser impressionner.

— Je n’en sais rien, Dyrne. Je n’y connais rien à vos histoires de ministres et de cartes tactiques. C’est juste que… quand tu sors de son bureau, tu as le même visage en pierre que notre père. Tu ne souris plus du tout.

— On n’apprend pas à diriger des flottes en souriant, Feklyrth. C’est cela, le métier d’officier.

Elle avait relevé le visage. Dans ses yeux clairs, il n’y avait plus de taquinerie, juste une immense affection fraternelle, un peu triste.

— C’est idiot. Tu pars après-demain pour sept ans dans cette Académie, et tu passes ta soirée à écouter les théories d’un vieux conseiller au lieu de rester avec moi. C’est ça que je lui reproche. Je voulais seulement qu’on passe une dernière soirée ensemble avant ton départ.

Debout sur sa terrasse, vingt-quatre heures plus tard, le vent de la baie de Marveth rabattant ses cheveux sur son front, Dyrne se prit à regretter d’avoir décliné l’invitation de sa sœur.

Pourquoi était-il allé dans cette grotte ? Pourquoi avait-il laissé cette soirée lui échapper, alors que Feklyrth voulait seulement passer du temps avec lui avant son départ ?

Les mots de sa sœur étaient restés en lui. Ils revenaient maintenant avec le souvenir de la grotte, comme si ces deux instants s’étaient rejoints malgré lui : d’un côté Feklyrth, simple, vivante, proche ; de l’autre, cette rencontre étrange.

Il rouvrit les yeux.

Plus bas, les grands jardins inférieurs se métamorphosaient sous la lueur crépusculaire d’Orlun.

Les Liorane ouvraient leurs corolles, lentement, fidèles au rituel de la nuit.Leurs pétales diaphanes absorbaient l’or pâle du ciel pour le restituer sous forme d’éclats blancs, électriques et tremblants. Vu de la terrasse haute, le parc tout entier ressemblait à une mer silencieuse, pavée de milliers de petites flammes froides.

Un vieux souvenir remonta, ils avaient onze et neuf ans.

Échappés ce jour-là à la surveillance étouffante des précepteurs, ils s’étaient glissés dans les replis des jardins en spirale, puis au-delà, bravant les sentiers interdits qui serpentaient vers les crêtes. Feklyrth menait la marche, comme toujours à cette époque, portée par une audace joyeuse du haut de ses neuf ans.

Elle s’était hissé la première jusqu’à un éperon rocheux qui surplombait le vide de la vallée. Par temps clair, depuis ce promontoire, le regard plongeait directement sur les territoires de chasse des Griffaroc, ces prédateurs mi-félins, mi-draconiques dont les nourrices murmuraient le nom pour faire peur aux enfants.

Les légendes prétendaient qu’ils n’attaquaient jamais sans motif, mais qu’une fois la traque lancée, leur patience sonnait comme une sentence de mort.

Feklyrth s’était tournée vers lui, les cheveux emmêlés par le vent des hauteurs, le souffle court et le visage illuminé par une confiance absolue.

Dyrne s’était arrêté un instant, le regard fixé sur la gorge rocheuse.

— Et s’il y en a un ? avait-il demandé.

Feklyrth avait plissé les yeux vers les roches, comme si elle cherchait elle-même à se rassurer avant de lui répondre.

— Mais non, Dyrne… s’il y en avait un, on l’aurait déjà entendu.

Et il l’avait crue.

Aucun Griffaroc n’était apparu dans la gorge rocheuse.

Deux heures plus tard, une escouade de la garde les avait découverts près des roches hautes. Les hommes étaient blêmes, soulagés de les ramener sains et saufs, couverts de poussière et de terre.

Le soir même, confiné dans sa chambre, Dyrne avait entendu des voix derrière la cloison de bois sombre.

Sa mère parlait avec une dame de compagnie. Il ne distinguait pas tout, seulement des morceaux de phrases, des silences trop longs, puis la voix maternelle qui reprenait plus bas.

D’ordinaire, qu’elle soit inquiète ou contrariée, elle gardait cette douceur posée. Mais cette fois, quelque chose avait cédé.

Sa voix tremblait par moments. Elle essayait de parler normalement, puis s’arrêtait, incapable de chasser cette idée obsédante et terrible : ses deux enfants auraient pu ne jamais revenir.

C’était la première fois qu’il l’entendait ainsi.

Lorsque Maldor se montrait dur, même si le palais entier semblait retenir son souffle, sa mère gardait son calme qui la faisait paraître plus solide qu’elle ne l’était peut-être vraiment.

Mais ce soir-là, dans le secret de ses appartements, Solvane n’était plus seulement la reine. À travers la cloison, Dyrne avait perçu une peur qu’il ne lui connaissait pas, fragile, retenue, et d’autant plus bouleversante qu’elle venait d’elle.

Dyrne sourit, sans gaieté.

Feklyrth n’avait pas grandi tout à fait sous le même regard que lui. Elle aussi était princesse, et le palais avait ses règles pour elle. Mais on ne lui demandait pas de porter le royaume sur ses épaules. Elle pouvait encore rire sans réfléchir, parler librement, se moquer de lui, se cabrer pour une broutille, puis passer à autre chose comme si rien n’avait d’importance.

Dyrne l’enviait parfois pour cela, sans lui en vouloir.

Un froissement d’étoffe brisa le silence derrière lui. Du lin léger sur les dalles. Il n’eut pas besoin de se retourner.

— Je me doutais que tu étais ici, dit Feklyrth.

Elle se tenait sous l’arche qui ouvrait sur la terrasse, un manteau clair jeté sur ses épaules, par-dessus sa tenue de nuit. Ses cheveux retombaient en boucles libres autour de son visage. La lueur d’Orlun s’accrochait à ses yeux gris argenté, leur donnant cette clarté calme qui rappelait si fidèlement le regard de leur mère.

Dyrne la regarda un instant, le profil durci par le vent de la mer.

— La nuit va être courte, Feklyrth, murmura-t-il.

— Pour toi aussi, répliqua-t-elle avec un faible sourire.

Elle ne chercha pas à rompre le silence. Resserrant son manteau autour d’elle, elle traversa la terrasse et vint se placer contre lui, assez près pour appuyer naturellement la tête contre son bras.

Dyrne ne bougea pas ; il aimait ces moments d’intimité, cette complicité qui, pour un temps, lui faisait oublier la dureté de ses entraînements et la rigueur imposée par ses instructeurs.

Durant un long silence, ils contemplèrent la nuit.

Au-dessous d’eux, la cité de Valdhryn s’étendait, immense. Les lumières des quartiers dessinaient des lignes pâles entre les avenues, les terrasses et les toits sombres, tandis que la baie de Marveth prenait sous les trois lunes l’éclat froid d’une plaque de métal poli.

— Demain, les portes de l’Académie s’ouvrent, finit-il par dire.

— Je sais, murmura-t-elle. C’est pour ça que je suis là.

Elle laissa passer un souffle, le regard perdu sur la ville nocturne.

— Demain, tu appartiendras à un autre monde. Il y aura l’Académie, les officiers, les instructeurs, tous ceux qui attendront quelque chose de toi. Ce ne sera plus jamais comme avant.

Il ne répondit rien.

Elle leva la tête vers la voûte céleste.

— Elles sont belles ce soir, tu ne trouves pas ?

Dyrne suivit son regard. Pour lui, les lunes restaient d’abord des astres utiles à Alzarh, liés aux routes, aux ressources et à l’équilibre de la planète. Leur éclat était unique, bien sûr, et leur lumière donnait au ciel une clarté d’une grande beauté pour qui savait la regarder.

Mais ce soir, il n’avait pas le cœur à cela.

Il regarda sa sœur avec tendresse.

— Pour moi, ce soir, leur éclat ne fait aucune différence.

Feklyrth le regarda un instant.

— Tu penses à demain, je suppose.

Dyrne ne répondit pas. Il ne voulait pas l’inquiéter, alors que son esprit restait encore tourné vers ce qui s’était passé la veille.

Elle n’insista pas. Elle resta simplement près de lui, savourant cet instant.

Le regard de Dyrne resta fixé sur la ville basse.

Sa sœur avait cette manière de passer derrière ses défenses sans jamais les brusquer, et il ne savait pas toujours quoi en faire.

Elle posa ses mains sur la balustrade de pierre. Le froid la fit frissonner.

— Depuis ta sortie d’hier avec Rethar, je te trouve différent. Qu’est-ce qui se passe ?

— L’Académie approche, Feklyrth, tenta-t-il de se défendre. Sept ans là-bas… forcément, j’y pense.

— Non, ce n’est pas ça. Tu es là, tu me parles, tu essaies de faire comme si tout allait bien, mais ton esprit est ailleurs.

Dyrne eut un rire bref, le regard fuyant vers la baie.

— Tu t’inquiètes pour pas grand-chose. C’est un saut dans l’inconnu. Des années difficiles, une formation rude… Je sais ce qui m’attend, c’est tout.

— Je te connais par cœur, répondit Feklyrth. Je sens qu’il s’est passé quelque chose hier, et cela me fait peur.

Le visage de Dyrne se ferma. Il ne pouvait pas répondre. Pourtant, au fond de lui, il aurait voulu lui dire qu’elle avait raison.

Feklyrth le vit aussitôt. Un faible sourire triste passa sur ses lèvres.

— Tu vois ? Tu fais exactement la même tête que notre père quand il refuse de parler.

Les doigts de Dyrne se resserrèrent sur la pierre de la balustrade. Pendant un instant, il fut tenté de tout lui dire. Lui parler de Rethar, de la grotte, de cette rencontre étrange qui ne le quittait plus. Feklyrth était la seule personne à qui il aurait pu confier cela, et peut-être que tout aurait été différent s’il l’avait fait.

Mais il la regarda, si proche de lui, lisant l’inquiétude sans ses yeux, et les mots restèrent bloqués.

Il ne voulait pas lui faire peur. Elle n’avait pas à porter ce fardeau, ni à savoir ce qu’il avait vu ou entendu avant son départ.

Alors il inspira lentement, détourna les yeux vers la ville basse et garda le silence.

— Rethar dit que l’Académie sera une étape décisive, finit-il par dire.

— Je sais, j’espère simplement que tu ne le vois pas comme un père. Je sens bien que vous êtes proches tous les deux, mais jusqu’à quel point ?

Dyrne se tourna vers elle.

— Ne t’inquiète pas. C’est vrai que je l’apprécie, il sait m’écouter, mais il reste un conseiller. Après tout, c’est son rôle.

Feklyrth le regarda sans répondre tout de suite. Elle ne voulait pas le brusquer, désirant seulement comprendre ce qui, depuis la veille, semblait l’avoir éloigné d’elle.

— Je ne te demande pas de tout me dire, reprit-elle plus doucement. Je voudrais seulement être sûre que tu vas bien.

Dyrne eut envie de répondre aussitôt. La remarque l’avait touché plus qu’il ne voulait l’admettre, parce qu’avec Rethar, il avait enfin l’impression d’être écouté sans être aussitôt repris, évalué ou ramené à ce qu’il devait encore devenir. Il pouvait parler librement, ou se taire sans rien à justifier.

Il aurait voulu expliquer cela, lui dire que Rethar ne prenait la place de personne, mais qu’il était juste présent.

Mais aucun mot ne sortit.

Feklyrth baissa les yeux vers les Lioranes ouvertes en contrebas.

— Je ne sais pas comment te le dire…, murmura-t-elle. J’ai l’impression que tu gardes beaucoup de choses pour toi, en ce moment. Tu es là, devant moi, et pourtant j’ai le sentiment que tu es déjà loin.

Dyrne laissa échapper un léger soupir, teinté de mélancolie.

— Tu parles exactement comme notre mère.

Elle leva les yeux au ciel, touchée malgré elle, mais son sourire revint presque aussitôt.

— Quelle comparaison affreuse… Mais c’est vrai. Parfois, je m’entends parler et j’ai l’impression qu’elle va surgir derrière moi pour m’ordonner de me tenir droit.

Dyrne la bouscula gentiment de l’épaule.

— Exactement. Tu es une petite vieille avant l’âge.

Feklyrth lui donna un léger coup de coude.

— Répète-le pour voir.

— Une petite vieille très respectable.

Elle plissa les yeux, faussement vexée.

— Tu as de la chance que je sois inquiète pour toi.

Elle répliqua par une légère bousculade, et ils éclatèrent de rire ensemble, d’un rire franc, qui balaya la tension d’un trait. Puis l’hilarité s’éteignit doucement, laissant place au calme de la nuit.

Le silence s’installa, plus long.

En bas, une navette de service glissa lentement entre deux terrasses, ses feux pâles traçant une ligne brève dans la nuit. Dyrne la suivit du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse derrière les toits sombres.

— Dyrne.

Sa voix était douce, presque un murmure. Il tourna vers lui un visage de nouveau fermé.

— Va dormir, Feklyrth.

Sans esquisser un geste, elle insista dans un souffle :

— Tu peux me parler, tu sais. Quoi que ce soit. Je ne dirai rien à personne, et je ne te jugerai pas. Promis.

Dyrne baissa les yeux vers la balustrade.

— Demain sera une longue journée, dit-il seulement.

Feklyrth resta immobile un instant. Une ombre passa sur ses traits, puis elle hocha doucement la tête.

— Oui, souffla-t-elle.

Elle se détacha du garde-corps, recula d’un pas et s’arrêta sous l’arche de la galerie.

— Promets-moi un serment.

Dyrne ne se retourna pas tout de suite, les yeux toujours fixés sur l’horizon sombre de la nuit.

— Lequel ?

— Reste toi-même. Ne deviens pas comme notre père. Quoi qu’on t’apprenne là-bas, promets-moi de rester le frère que j’aime tant.

Dyrne accusa le coup sans broncher. Les mots de Feklyrth l’atteignaient plus qu’il ne voulait le montrer.

— Je suis le fils de Maldor, répondit-il plus bas.

— Oui. Mais pas seulement.

Cette fois, il se tourna vers elle.

Feklyrth soutint son regard, guettant le moindre signe de sa part, un mot qui la rassurerait.

— Tu es aussi le fils de Solvane, dit-elle doucement. Et tu es mon frère. On compte aussi, Dyrne.

Dyrne ne répondit pas.

Le silence s’étira entre eux, bercé par le souffle du vent sur la terrasse.

Il aurait voulu lui promettre cela. Quelques mots auraient suffi à la rassurer, et Feklyrth serait repartie plus sereine. Mais cette promesse lui resta en travers de la gorge. Depuis la veille, quelque chose en lui avait changé, même s’il n’arrivait pas encore à dire quoi, et l’idée de lui répondre comme si rien ne s’était passé lui parut presque impossible.

Il n’était pas seulement l’héritier que leur père préparait au trône, ni le futur officier que l’Académie allait prendre en main. Il était aussi son frère, et c’était justement cela qui rendait son silence plus difficile.

Feklyrth le regarda encore un instant.

— Bonne nuit, Dyrne.

Puis elle quitta la terrasse sans ajouter un mot.

Dyrne resta seul face aux jardins.

Ce soir, une part de lui résistait encore, toujours obnubilé par la même question.

Pourquoi Rethar l’avait-il conduit dans cette grotte ?

Le conseiller lui avait présenté un être venu d’une galaxie lointaine. Dyrne l’avait écouté d’abord par respect, puis par curiosité, avant de sentir le trouble monter en lui. Chaque parole soulevait des questions auxquelles il n’était pas sûr de vouloir répondre.

Ce qu’on lui avait offert au fond de cette caverne dépassait de loin une simple discussion. C’était une invitation, presque un défi lancé à son identité même, à tout ce qu’on lui avait appris à devenir.

Cette proposition le glaçait autant que cela le fascinait : il n’arrivait pas à savoir s’il devait la prendre au sérieux, si elle était seulement réalisable, ou si un piège se cachait derrière.

Il s’était retrouvé face à une présence immense, tranquille, impressionnante par sa carrure exceptionnelle, et pourtant sa voix était d’une douceur inattendue.

C’était peut-être ce contraste qui le dérangeait le plus. Rien ne correspondait vraiment à ce qu’il avait imaginé avant d’entrer dans cette grotte. La stature de cet être aurait dû imposer une distance immédiate, mais sa manière de parler restait posée, calme.

La terrasse n’avait pas bougé, les jardins restaient inchangés, et Valdhryn dormait sous les trois lunes comme toutes les autres nuits. Pourtant, l’air autour de lui semblait avoir changé. Il ne savait pas si cette attirance, presque spirituelle, tenait de la peur ou d’une autre forme de fascination. Une sensation étrange, difficile à appréhender, qu’il n’arrivait pas à repousser.

Il ferma les yeux.

Les images de la soirée remontèrent aussitôt : les hauteurs plongées dans la nuit, le souffle régulier des Korralis, la main de Rethar posée un instant sur son épaule, puis l’entrée étroite de la roche, presque effacée dans l’ombre.

Lorsqu’il en avait franchi le seuil, tout s’était refermé autour de lui. Le silence, la pierre froide, l’obscurité calme et profonde de la caverne. Rien ne bougeait, pourtant il avait eu l’impression de pénétrer dans un sanctuaire qui n’était pas seulement caché, mais chargé d’une réalité qu’il ne comprenait pas encore.

Dyrne inspira lentement, puis rouvrit les yeux.


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Tome 1 : Naissance d’un tyran, 390 pages.


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